Intervention en soutien à l'avocate iranienne NASRIN SOTOUDEH
Monsieur le Président,
Je tenais tout d’abord à remercier les barreaux, et notamment le Conseil national des barreaux. Les avocats constituent un contre-pouvoir indispensable dans toute démocratie. Je souhaite particulièrement saluer le travail de Christiane FÉRAL-SCHUL, depuis son arrivée à la tête de la profession.
La France a connu de grands avocats qui ont fait progresser les droits : Jules Grévy, Jules Ferry, Gambetta, Pierre Waldeck-Rousseau, Robert Badinter, ou encore l’immense et très regrettée Gisèle Halimi.
Pour moi, cette motion marque un véritable changement de doctrine dans la politique internationale de la Région Île-de-France. Car il fut un temps où vous aviez refusé de soutenir les prisonniers politiques catalans — Oriol Junqueras, Jordi Cuixart et Raül Romeva — qui avaient pourtant signé avec vous un accord de coopération avec la Catalogne.
La profession d’avocat ne peut rester silencieuse face à la montée du populisme et aux violations de l’État de droit. Après le meurtre de George Floyd aux États-Unis, le Conseil national des barreaux a d’ailleurs rappelé cet impératif en soutenant la Bar Association américaine.
Nous devons nous rappeler que la préservation de l’État de droit et la lutte contre le populisme font partie des responsabilités fondamentales de notre institution.
Nous devrions également soutenir les avocats turcs emprisonnés ou menacés dans le monde entier, y compris ceux qui ont dû se réfugier au Royaume-Uni. Nous devrions affirmer notre solidarité avec l’opposition biélorusse, aujourd’hui victime d’une répression atroce. Nous devrions rappeler notre soutien au peuple ouïghour, face au massacre et à l’oppression qu’il subit en Chine.
Nous devrions défendre la protection des réfugiés partout dans le monde, soutenir le docteur Denis Mukwege, immense défenseur des droits des femmes, et être aux côtés de ceux qui, à Calais ou à Lesbos, accompagnent les demandeurs d’asile.
Nous devrions soutenir les avocats qui s’engagent pour l’environnement, l’accès à l’eau, la protection des terres, le climat, ou encore la lutte contre la déforestation en Amazonie, et qui sont menacés parce qu’ils prennent des positions fortes pour le monde et pour les droits.
Nous devrions être aux côtés des droits des femmes et des droits LGBT partout à travers le monde, alors que vient de disparaître Ruth Bader Ginsburg, et alors même que certains polémistes s’attaquent à sa mémoire.
Oui, nous sommes aux côtés de Nasrin Sotoudeh. Nous avons une pensée pour Navid Afkari et sa famille, ce lutteur iranien exécuté début septembre après un procès sommaire. Nous avons aussi une pensée pour Ebru Timtik. Et nous n’oublions pas Ben Ramos, 34ᵉ avocat assassiné aux Philippines depuis l’élection de M. Duterte.