CR 2025-010 – Stratégie pour le numérique et l’intelligence artificielle responsable

Publié le par François DAMERVAL

Le rapport CR 2025-010, présenté par la Vice-présidente chargée de l’Administration générale et du Numérique, expose ce que l’exécutif régional nomme une « Stratégie pour un numérique et une intelligence artificielle responsable ».
Ce texte se veut un cadre général pour l’action régionale en matière d’innovation numérique, d’IA, de sobriété et d’inclusion digitale.

Cependant, le rapport ne contient ni financement dédié, ni calendrier, ni indicateurs, ni mesures concrètes, et ne propose aucune évolution structurante de la politique régionale du numérique. Il est par ailleurs en forte contradiction avec les prises de position nationales des partis de la majorité, opposés à plusieurs législations européennes essentielles : devoir de vigilance, régulation des chaînes d’approvisionnement, encadrement environnemental, ou encore politiques publiques en faveur de la sobriété numérique.

 


Madame la Présidente, chers collègues,

Sur la forme d’abord : les contributions des représentants d’intérêts ne sont plus publiées depuis 2023. Cela pose un vrai problème de transparence alors même que vous prétendez défendre un numérique « éthique » et « responsable ».

Quant au fond, ce rapport pompeusement intitulé “Stratégie pour un numérique et une intelligence artificielle responsable” n’est qu’une vitrine vide. Derrière les slogans séduisants, le document ne propose aucune mesure structurante, aucun financement, aucun calendrier, aucun outil de suivi. C’est un exercice de communication, pas une stratégie publique.

Vous affirmez vouloir un numérique éthique, sobre, inclusif et souverain, alors même que vos partis combattent, à Paris comme à Bruxelles, les législations qui permettraient précisément d’atteindre ces objectifs.
Vous refusez la directive sur le devoir de vigilance.
Vous combattez les règles de transparence sur les chaînes d’approvisionnement, notamment dans l’industrie minière.
Vous militez pour la suppression de l’ADEME, mais prétendez défendre la sobriété numérique.
C’est une contradiction abyssale. Pour tout dire : de l’hypocrisie pure.

Vous invoquez les lois AGEC et REEN, mais rien dans votre rapport ne traduit leur mise en œuvre :
– aucune clause de réparabilité,
– aucun objectif de réduction des équipements neufs,
– aucune politique ambitieuse de soutien au réemploi, au reconditionné ou au logiciel libre.

Lorsque les ordinateurs distribués aux lycéens représentent 70 000 tonnes de CO₂, vous ne proposez ni mutualisation, ni plan de fin de vie des équipements. Ce n’est pas une stratégie : c’est du marketing.

On nous parle d’accessibilité, de santé mentale des jeunes, d’inclusion, d’éthique. Très bien. Mais où sont les actes ?
Qui pilote ? Avec quels moyens ? Quels indicateurs ? Rien.

Le rapport est aussi déconnecté qu’incomplet :
– aucune association d’éducation populaire,
– aucun acteur du numérique libre,
– aucun chercheur indépendant,
– aucune organisation de l’ESS,
– et même… aucun lycéen.
Vous parlez d’inclusion… sans inclure personne.

Pendant que le Sénat appelle à une gouvernance publique de la donnée et à une transparence algorithmique obligatoire, votre texte reste flou, technocratique et, surtout, hors sol.

Soyons clairs :
Votre stratégie n’encadre pas le numérique.
Elle accélère son déploiement sans garde-fou.
Elle prépare une action publique de plus en plus dépendante des solutions d’IA privées, sans évaluation sociale, sans contrôle citoyen, sans limites démocratiques.

Un numérique réellement responsable exige :
– des clauses sociales et environnementales contraignantes ;
– un partenariat solide avec les filières du réemploi et l’économie sociale et solidaire ;
– un soutien aux communs numériques ;
– de la transparence algorithmique réelle ;
– un vrai plan de sobriété numérique.

Tout cela demande du courage politique. Pas des slogans écrits sous assistance algorithmique.

Ce rapport n’est donc pas une stratégie. C’est une opération de communication.
Comme en matière d’écologie, de démocratie ou de transparence, la majorité régionale fait semblant.

Elle parle d’inclusion, mais évite soigneusement le débat sur les inégalités.
Elle revendique l’éthique, mais torpille les régulations européennes.
Elle invoque la sobriété, mais promeut le « tout techno ».

Nous refusons ce double discours.
Nous refusons ce cynisme institutionnalisé.

Un vrai débat démocratique sur le numérique au service des biens communs est indispensable.
Encore faudrait-il que l’exécutif accepte de faire autre chose que de la communication.

Sur le fond comme sur la forme : il n’y a rien dans ce rapport.

 

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